Comment réduire le bruit en photographie animalière ?


Non, l’ennemi public numéro 1 du photographe animalier n’est pas le froid. Ce n’est pas non plus la chaleur ou le poids du matériel. L’ennemi du photographe animalier est bien plus insidieux, bien plus sournois, car il ne s’invite que lorsque les conditions de prise de vues sont dégradées, ajoutant ainsi des difficultés supplémentaires.

Cet article va donc vous révéler quelques astuces pour utiliser au mieux la plage dynamique de votre appareil photo, obtenir des images moins bruyantes et plus faciles à traiter.

Le bruit numérique

Détail à 100% d’une photo prise avec le Canon R5 à 12800 ISO. Cliquez sur l’image pour voir la capture en taille réelle. Le bruit est très présent.

Qui n’a jamais pesté en découvrant que sa photo est infestée par le bruit numérique ? Soyons honnêtes, nous détestons le bruit, et c’est pourquoi je pense que vous allez être attentifs aux mesures qui permettent de l’éviter ou de le réduire drastiquement.

Commençons par une évidence, le bruit numérique survient lorsque la lumière manque et que le photographe, pour en compenser l’absence, a augmenté la sensibilité ISO jusqu’à un niveau incompatible avec son boîtier. Cependant, s’il veut éviter de monter en ISO, le photographe va être obligé de faire des compromis sur d’autres paramètres de gestion de la lumière, ce qui peut conduire à l’effet inverse de ce qu’il tente d’obtenir, en créant encore plus de bruit.

Nous allons donc voir comment éviter cet écueil en pointant les quatre erreurs les plus courantes qui entraînent l’apparition du bruit dans les images.

Qu’il exerce son métier ou tout simplement son hobby, le photographe animalier rencontre régulièrement les problèmes suivants :

  • Des conditions de faible luminosité, dues à un temps couvert, pluvieux ou à une végétation dense ;
  • Des conditions de faible luminosité avant et après le lever du soleil alors que la faune est déjà active;
  • Des conditions où la dynamique (écart entre les hautes et les basses lumières) de la scène est très élevée, ce qui va entraîner de forts contrastes et une image pas toujours plaisante.

La solution aux problèmes évoqués ci-dessus va venir de la compréhension du fonctionnement de la plage dynamique de votre appareil.

La plage dynamique

En photographie immobilière, le problème lié à la plage dynamique va être rapidement traité grâce à l’utilisation conjointe de deux techniques photographiques : le bracketing d’exposition suivi de la fusion HDR. Mais ces techniques ne sont pas applicables en photo animalière, car le sujet est mobile. Par conséquent, nous allons devoir utiliser toute la plage dynamique de notre boîtier.

La dynamique de votre capteur correspond à la plage de lumière que votre boîtier et capable de capturer et de récupérer dans une image brute (RAW). Plus la plage dynamique de votre appareil photo est étendue, plus vous trouverez d’informations dans les hautes lumières et les ombres. Sachez toutefois que votre boitier ne fera jamais aussi bien que vos yeux. En effet,l’œil humain est l’un des meilleurs du règne des mammifères, puisqu’il est capable « d’encaisser » jusqu’à 23 stops* de lumière. En comparaison, aucun des appareils phares actuels ne parvient à 15 stops* de lumière : Humain (23 stops*) – Sony A1 (14,5 stops*) – Canon R3 (13,3 stops*) – Nikon Z9 (11 stops*) – Olympus E-M1X (11 stops*).

* Note : le stop est une valeur séparant deux ouvertures (il y a un stop entre les valeurs f/4 et f/5.6 ), idem pour la vitesse (un stop entre 1/100e de seconde et 1/200e de seconde ), et c’est encore pareil pour les ISO de 100 à 200 ISO : un stop.

Comme vous le voyez, la faiblesse de la plage dynamique de nos appareils photo ne nous permet pas d’obtenir une image à grande plage dynamique sans avoir recours à l’empilement de plusieurs images (fusion HDR).

Ceci étant dit, revenons maintenant au bruit numérique. Il s’invite sur notre photo lorsque l’ISO est trop élevé, ce qui a pour conséquence de diminuer les détails et la clarté de notre animal. Cependant, il est important de savoir que le bruit apparaît dans les zones sombres de l’image. Ces fameuses zones que vous allez essayer d’éclaircir au moment du post-traitement en poussant le curseur des ombres de Lightroom vers la droite. Ce constat permet de tirer un premier enseignement important :

Pour éviter de faire surgir le bruit en éclaircissant les ombres, il convient de les surexposer dès la prise de vue. En photographie, on appelle cela « exposer à droite« . N’oubliez pas ceci : en poussant le curseur des ombres de Lightroom vers la droite, vous éclaircissez les ombres, mais vous faites aussi apparaître du bruit, par contre, si les ombres sont trop claires, vous devrez les corriger en tirant le curseur vers la gauche, ce qui ne produira pas de bruit…

Les quatre erreurs commises par les photographes, erreurs à l’origine du bruit numérique :

  1. Sous-exposer systématiquement l’image pour préserver les hautes lumières : il est tout à fait exact qu’il est plus facile de récupérer du détail dans les ombres que dans les hautes lumières. Mais il ne faut pas trop sous-exposer. Il existe un moyen de régler correctement l’exposition. Il suffit de demander à votre boîtier d’afficher en « surbrillance » les hautes lumières surexposées. Ainsi, vous pourrez les faire disparaître en jouant sur la correction d’exposition. Ne tolérez aucune surexposition sur votre sujet, par contre quelques points de surexposition dans l’eau ou le ciel ne gâcheront pas votre photo, si ces zones sont limitées en taille.
  2. Sous-exposer son image pour gagner en contraste : beaucoup de photographes sous-exposent leurs images afin de gagner en contraste. C’est une pratique erronée, car la sous-exposition génère du bruit et occasionne une perte de détails… Le contraste ne doit pas être géré à la prise de vue, mais lors du post-traitement. Il en est de même de la balance des blancs et de la saturation de vos images.
  3. De nombreux photographes sous-exposent leurs images afin d’obtenir une vitesse d’obturation plus rapide sans avoir à augmenter les ISO : disposer d’une vitesse d’obturation très rapide est une priorité absolue en photo animalière, car c’est le seul moyen d’obtenir des images nettes. Si la sous-exposition permet d’obtenir plus de vitesse sans avoir à augmenter la sensibilité ISO, cela peut paraître la solution idéale. Nous allons voir que ce n’est pas aussi simple que cela. Une fois encore, le fait de devoir obligatoirement éclaircir les ombres va inviter le bruit numérique dans votre photo et la priver de nombreux détails. La solution sera de pousser vos ISO jusqu’à obtenir la vitesse d’obturation voulue. Le bruit sera bien moins important que dans le cas d’une sous-exposition.
  4. Quatrième erreur commise par de nombreux photographes, sous-exposer pour conserver une valeur ISO basse : cela rejoint le point numéro 3 développé ci-dessus. Donc même cause, mêmes conséquences. Il est vrai que plus l’image est sombre, moins la sensibilité du capteur est requise. N’oubliez pas ceci : les niveaux de bruits augmentent de façon exponentielle dans l’obscurité. Dans ce cas, lorsqu’il faudra ré-éclairer les ombres, le bruit sera encore plus important que si vous aviez choisi une valeur ISO élevée.

N’oubliez pas ce qui va suivre et vos photos vous diront merci ! Il vaut mieux une sensibilité ISO plus élevée sur une image plus lumineuse, qu’une sensibilité ISO réduite sur une image sous-exposée, car le bruit que vous ne voyez pas pour l’instant sera très visible lors du traitement de l’image.

N’ayez pas peur du bruit !

Si vous avez pris le temps de lire et de comprendre ce que je viens de vous expliquer ci-dessus, vous avez retenu qu’il vaut mieux surexposer une image que de la sous-exposer pour soi-disant préserver les hautes lumières, gagner en contraste, obtenir une plus grande vitesse d’obturation ou conserver un ISO bas.

La surexposition va générer du bruit: appelons-le « le bon bruit » car il sera moins destructif pour les détails de votre image. Au contraire, la sous-exposition va limiter le bruit à la prise de vue, mais générer du mauvais bruit lorsqu’il s’agira des restituer des ombres correctes. De nombreux détails seront perdus et la photo en sera affaiblie.

Reprenons l’exemple de notre petit lionceau, photographié avec un Canon R5 à 12800 ISO. La valeur ISO a permis d’obtenir une image claire et équilibrée et une vitesse suffisante en prévision d’un mouvement de tête toujours possible de l’animal.

Cliquez sur les images ci-dessus pour les agrandir et les comparer. Malgré une valeur ISO assez haute (12 800) l’image finale est totalement exempte de bruit, mais elle a aussi conservé ses détails.

Si vous ne deviez vous rappeler que d’une seule chose concernant cet article, c’est que la sous-exposition d’une photo animalière ne fait que repousser les problèmes jusqu’au post-traitement. Il vaut mieux une image légèrement surexposée qui évitera de boucher les ombres et limitera l’apparition d’un bruit difficile à traiter.

J’espère que cet article vous permettra de faire progresser vos images.

Amicalement, Jean-Michel

6 réflexions sur “Comment réduire le bruit en photographie animalière ?

  1. Emile

    Bonjour Jean-Michel.
    Bien évidement ,c’est frustrant de constater une image dégradée à cause d’un excès de bruit . J’ai suivi avec beaucoup d’attention ton exposé pour y remédié . Personnellement et je pense que tu a testé ce phénoménal logiciel de Tapaze : sharpen AI qui à lui seul améliore d’une manière incroyable la netteté des clichés mais il enlève pratiquement tout bruit numérique . Ce logiciel est bluffant de par sa simplicité mais aussi et surtout pour sa grande efficacité . Bon 15 aout cher Jean-Michel .
    Cordialement .

    J’aime

    1. beocheduval

      Bonjour Jean Michel,
      🙂
      Je ne remets pas en doute tes qualités et ton expérience. Ce qui me fait sourire c’est que je suis pile poil dans les 4 erreurs . Je vais donc m’attacher à suivre encore tes recommandations.
      Bon weekend et merci pour ces conseils et astuces s’il en est .
      Cordialement

      J’aime

      1. Bonjour beocheduval,
        Rassures-toi, tu n’es pas un cas isolé. J’ai moi-même commis certaines de ces erreurs à une certaine époque avant de comprendre que je faisais fausse route. En photographie comme en tout, l’essentiel est de ne pas hésiter à se remettre en question.

        J’aime

    2. Bonjour Emile, j’utilise effectivement la trilogie de Topaz (Denoise AI, Sharpen AI et Gigapixel AI) et, sans doute pour la première fois depuis des années, j’ai l’impression d’avoir bien placé mon argent…
      Merci d’avoir partagé ton expérience personnelle.

      J’aime

  2. Jean-Claude Morin

    Comme beaucoup d’autres, j’ai aussi souvent été de ceux qui ont tendance à sou-exposer pour éviter de « crâmer » les hautes lumières, mais depuis que j’utilise la suite Topaz Labs, je me soigne et expose beaucoup plus à droite, et je m’en porte très bien.
    Par contre, j’utilise Denoise directement à partir du RAW, pas à partir d’un TIF créé par Lightroom, cela ne demande une nouvelle importation du fichier DNG créé, mais le résultat est de loin bien meilleur.

    Aimé par 1 personne

  3. AUBLIN Michel

    Merci Jean-Michel pour la clarté et la pertinence de cet article. Utilisateur de la suite Topaze je pousse un peu à droite mais ton article me décide à faire encore un peu plus. Je suis très intéressé par la remarque de JC MORIN et je vais faire le test qu’il recommande sans utiliser DeNoise à partir de Lightroom quitte à ré importer !
    Merci encore pour les explications et l’ensemble des articles que tu proposes.
    Michel AUBLIN

    Aimé par 1 personne

Répondre à beocheduval Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s