Cadrage et recadrage… Vaste sujet


La photographie numérique a bouleversé considérablement la pratique de cet art. L’implacable évolution technologique a substitué les capteurs, ISO, logiciels et ordinateurs, aux pellicules, ASA, révélateurs et autres chambres noires d’antan. L’évolution constante du matériel a permis de s’affranchir  de certaines limites ;  fini les 36 poses et les 1600 ASA de la pellicule, les capteurs modernes autorisent des milliers de poses et une sensibilité ahurissante. Toute évolution technologique, qu’elle qu’elle soit, s’accompagne obligatoirement d’une adaptation méthodologique, même si aujourd’hui elle n’est pas encore tout à fait consensuelle…

Si la photographie numérique a multiplié le potentiel créatif du photographe, elle a engendré, chez certain, une facilité qu’il convient de dénoncer. Nombreux sont ceux qui pensent que le cadrage à la prise de vue ne revêt plus la même importance qu’auparavant, puisqu’il sera très simple de recadrer sa photo en post-traitement. Cette pratique, qui tend à intégrer le recadrage dans la construction même de l’image, est à proscrire. Nous allons voir pourquoi !

Le recadrage, oui ou non ?

Bien qu’elle n’en fasse pas partie, la photographie peut être comparée à un sport. Plus vous pratiquerez régulièrement et plus vos résultats seront excellents. Le cadrage constitue le principal moyen d’expression du photographe, en ce sens qu’il révèle ses intentions. Un bon cadrage désigne le sujet, le met en valeur en hiérarchisant les différentes composantes de l’image. Un bon cadrage permet d’accroître une tension, de restituer une émotion et bien plus encore.

En recomposant l’image à postériori, le photographe annihile une grande partie de son moyen d’expression. J’en veux pour témoin cette phrase d’Henri Cartier-Bresson :

 » Il est très rare qu’une composition faible à la prise de vue puisse être sauvée en cherchant à la recomposer en chambre noire, rognant le négatif sous l’agrandisseur, l’intégrité de la vision n’y est plus. « 

Faut-il en conclure qu’il ne faille jamais recadrer ses images ? La réponse, comme vous allez le voir est bien plus nuancée.

Le cadrage définitif dès la prise de vue est une école de rigueur. Elle oblige le photographe à une certaine application, qui au final, conduira à l’éducation de son regard et à l’amélioration significative de la qualité de ses images.

Choisir de recadrer à postériori, c’est donc fatalement interdire sa progression.

Mais il arrive parfois que le recadrage soit inévitable, souvent pour des raisons indépendantes de la volonté du photographe. Il faut alors savoir prendre ses distances avec cette règle, comme ce sera le cas avec d’autres que verrons dans cet article.

Simplifiez vos images

Une photographie est une histoire. C’est pourquoi sa composition ne doit contenir que des éléments qui concourent à raconter cette histoire.

L’idéal est bien entendu de cadrer correctement dès la prise de vue, de manière à éliminer de l’image les éléments superflus. Ainsi, la lecture de l’image par le spectateur sera plus aisée. C’est relativement simple lorsque le sujet est statique ou que le temps de pose est rapide. Il suffit parfois de resserrer le champ de vision pour exclure des éléments inesthétiques.

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Regardez ici comme j’ai pris soin d’éliminer le ciel est les montagnes de l’arrière plan. En éliminant les éléments superflus, j’ai concentré le regard du spectateur vers mon sujet.

L’inclinaison

Redresser une photo dont l’horizon n’est pas très plan constitue un acte de recadrage léger. Sur la photo ci-dessous, la ligne d’horizon penche vers la gauche de l’image.

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Un léger recadrage sous Lightroom a permis à mon image de retrouver un horizon parfaitement plan.

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Respecter la planéité de la ligne d’horizon à main levée n’est pas toujours évident. Quelques appareils offrent la possibilité d’afficher un horizon artificiel. Si ce n’est pas le cas du vôtre, vous pouvez insérer un niveau à bulle dans la griffe porte-accessoire de votre boîtier ou encore utiliser le niveau présent sur votre trépied.

La règle des tiers ou le format carré ?

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La photographie ci-dessus, prise au Bénin, aurait sans doute mérité un cadrage vertical. Cela aurait permis de supprimer l’ouverture vers l’intérieur de l’habitation, ouverture qui n’apporte rien au portrait de cette jeune fille Peul. A défaut du cadrage adéquat, le format carré s’impose comme une solution de remplacement.

Le passage du format paysage au format carré pose toutefois un problème important : la perte de résolution de l’image. Si la photo ci-dessous gagne en qualité, elle perd aussi son droit à être imprimée en grand format. Cartier-Bresson a tout à fait raison de dire qu’il est très rare qu’une composition faible à la prise de vue puisse être sauvée par une recomposition. 

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Le cadrage carré supprime la pollution visuelle offerte par la porte. Le portrait gagne en qualité.  Le regard fuyant de la jeune fille résulte d’une croyance ethnique qui veut qu’en regardant un photographe on lui permet de voler votre âme.

Lorsque c’est possible, le recadrage dans le même format que celui de l’image d’origine est toujours préférable. Cela permet de conserver une taille de tirage acceptable. Chaque recadrage doit être une occasion de penser à l’application de la règle des tiers, du rectangle ou de la spirale d’or. Ne l’oubliez pas !

Le zoom dans l’image

C’est le recadrage le plus décrié par les puristes. Il consiste à zoomer dans l’image ; vous recomposez l’image car à la prise de vue vous ne disposiez pas de l’objectif permettant de zoomer sur la zone intéressante. Si l’éthique photographique admet un « léger » recadrage afin d’éliminer des éléments superflus ou un horizon penché, elle réprouve la création d’une « image dans l’image« . Cette méthode laisse à penser que le photographe à tout d’abord raté l’image initiale et qu’il essaie de sauver la situation grâce à une recomposition drastique. En clair, cela équivaut à dire : « Si vous n’avez pas le bon objectif au moment de prendre la photo, ne prenez pas la photo !« .

Là aussi, j’émets un avis nuancé et légèrement distant de la prétendue éthique photographique. Dès lors que vous ne présentez pas votre photo comme une fierté personnelle ou que vous reconnaissez un fort recadrage, la morale est sauve. Mais ce n’est que mon avis et libre à chacun d’avoir le sien…

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Apparition soudaine, dans un village de brousse au Bénin.

J’aime beaucoup cette image, car je regardais dans la direction de cette personne lorsque j’ai vu cette tête sortir de nul part. J’ai immédiatement levé mon appareil, cadré et déclenché. Mon comportement a eu pour effet de produire une expression amusée sur la visage du jeune homme.

La photographie initiale n’étant pas ratée, elle ne constitue pas la meilleure illustration du « zoom dans l’image ». Elle permet toutefois de montrer l’origine et le résultat d’un recadrage drastique. Un tel recadrage condamne l’image à une utilisation sur Internet car la perte de définition lui interdit une impression correcte au format 30x45cm.

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Conclusion

Si vous pensez toujours à simplifier vos images au moment de la prise de vue, à utiliser l’horizon artificiel ou encore un petit niveau à bulle sur la griffe du flash, vous n’aurez généralement pas à recomposer votre photo en post-traitement. Si malgré tout vous y êtes contraint, le recadrage doit être très léger afin de ne pas trop affaiblir la résolution de l’image et lui conserver tout son potentiel à l’impression.

Enfin proscrivez l’idée qui consiste à reporter le cadrage de l’image au moment du post-traitement. Cette méthode ne fera jamais de vous un photographe accompli car elle tuera dans l’oeuf l’éducation de votre oeil qui conduit à la création artistique.

A bientôt !

Jean-Michel

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Un commentaire sur « Cadrage et recadrage… Vaste sujet »

  1. j’ ouvre mes oreilles grandes comme celle d’un éléphant quand tu donnes des explications !!
    Merci , merci , pour tous ces conseils qui me font progresser.
    AM

    J'aime

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