L’instant décisif en photographie animalière


La qualité du cadrage et de la lumière, le choix du sujet et sa netteté, contribuent à la réussite d’une photographie. En photographie animalière un autre ingrédient est nécessaire si l’on souhaite produire une image originale. Je l’appelle le moment décisif. C’est l’instant qu’il faut absolument saisir pour immortaliser une scène furtive et souvent invisible à l’oeil. Comme nous allons le voir, le moment décisif, peut être la conséquence de nombreux facteurs. Avant de les aborder, je vais vous expliquer comment régler votre boîtier afin de maximiser vos chances de réussite.

L’ouverture et les ISO : Mise à part les situations (rares) où je suis obligé de travailler en manuel, j’utilise toujours mon boîtier en mode priorité à l’ouverture. Ce mode permet de maîtriser la profondeur de champ et la qualité du bokeh (flou d’arrière plan), pour moi c’est essentiel. La nécessité de travailler avec une vitesse rapide demandera parfois des concessions, mais les boîtiers modernes comme celui que j’utilise (Canon 5D MK III) permettent de monter dans les ISO sans conséquences fâcheuses pour la qualité des images.  Pour obtenir un bon piqué, je règle le plus souvent l’ouverture entre f/6.3 et f/8, puis j’utilise le réglage des ISO afin d’obtenir une vitesse qui correspond au double de la focale utilisée.

Le choix de la vitesse d’obturation :  La photographie animalière impose assez souvent l’utilisation d’un téléobjectif (focale fixe ou zoom). Il est généralement convenu que la vitesse doit être au moins égale à la focale utilisée. Ainsi pour une focale de 500mm, il est conseillé d’utiliser une vitesse au moins égale à 1/500ème de seconde. Je vous conseille d’utiliser une vitesse égale au double de la focale afin de maximiser vos chances d’obtenir une image bien nette. Avec une focale de 500mm il faudra donc régler votre boîtier afin d’obtenir une vitesse de 1/1000ème de seconde.

Réglage de l’autofocus :  Lorsque le sujet est mobile, je règle mon boîtier sur « AI SERVO » (autofocus continu). Dans ce mode le boîtier fait la mise au point en continue jusqu’au moment du déclenchement. Dans ce mode, je prends soin de réduire le nombre de collimateurs actifs (plus ils sont nombreux et moins l’autofocus est performant). Par contre, pour les papillons en vol, je désactive l’autofocus continu (mode S – AF seul). Je vous dirai pourquoi un peu plus loin.

Le mode de déclenchement :  Bien que je parviens maintenant à m’en passer, je conseille aux débutants de régler leur boîtier sur le mode rafale haute et de prendre de 6 à 10 photos à chaque événement, afin d’être assuré d’obtenir l’instant décisif sur l’une d’elles.

Je vous disais en introduction que l’instant décisif pouvait être la conséquence de plusieurs facteurs. En voici quelques-uns :

1. La connaissance des pratiques animales :

JMN_5573

Parade amoureuse des flamants roses : connaître les pratiques animales permet de prévoir le moment du déclenchement. Lorsque la femelle ouvre ses ailes et que le mâle prend de l’eau dans son bec, l’instant photographié ici est proche.

DSC_0449

La querelle de deux mâles pour une femelle constitue également un classique. Lorsque la femelle s’en mêle la photo peut devenir très graphique. N’hésitez pas à lâcher de nombreuses rafales pour optimiser vos chances de rencontrer une situation comme celle-ci ou la position des trois oiseaux offre un intérêt graphique certain.

2. La position du sujet :

cigogne1

Le vol de la cigogne blanche laissait prévoir un passage devant les deux bovins. Ici le moment décisif est donc dicté par la position de l’oiseau. La même photo sans les boeufs n’aurait pas eu le même impact.

3. L’instant décisif imposé :

_JMN2257_DxOLa pluie venait de cesser. Trempée, cette jeune huppe fasciée se dirigeait vers moi, comme si je n’existais pas, trop occupée qu’elle était de dévorer quelques dizaines de fourmis. Plus l’oiseau s’approchait de moi (couché au sol, presqu’en apnée…) et plus je savais que j’obtiendrais un bokeh somptueux et de nombreux détails sur l’oiseau. Encore quelques centimètres avant que l’oiseau atteigne la distance minimale de mise au point autorisée par mon objectif. Alors il a fallu se décider et déclencher… Moment magique !

4. Insecte en vol : 

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Le Souci mâle en vol. Lorsque les papillons se posent ou décollent, j’utilise toujours la même technique. L’autofocus réglé sur S, je fais la mise au point sur la fleur puis je recadre en mémorisant la mise au point (déclencheur appuyé à moitié). J’attends ensuite l’arrivée ou le décollage du papillon avant de lâcher une rafale. Avouez que cette photo et les deux suivantes sont bien plus dynamiques qu’un joli papillon posé sur une fleur.

JMN0657Juste après le décollage. Par chance le papillon est resté dans le plan de netteté, la photo est réussie. N’hésitez pas à multiplier les essais. Cette technique est simple à mettre en oeuvre et les résultats ne se feront pas attendre. Le printemps c’est pour bientôt, alors…

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Moro Sphinx. Attention, les déplacements de cet artiste sont très rapides et imprévus. lorsque le papillon est net et les ailes floues, la dynamique est encore améliorée. Pour obtenir cet effet, le réglage de la vitesse doit être ajustée.

5. Prendre les oiseaux au décollage :

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Lorsque l’on fait ses premières armes en photographie animalière, on commence par les oiseaux posés. Mais bien vite l’envie de saisir la gente aillée en vol se fait sentir. Les échecs sont alors assez nombreux car la pratique manque et les réglages de l’appareil doivent être modifiés très rapidement pour satisfaire aux conditions de prise de vue. Comme pour les papillons, je vous conseille de faire la mise au point lorsque l’oiseau est posé. Choisissez une ouverture qui vous offre un peu de latitude en matière de profondeur de champ et déclenchez dès que l’oiseau s’envole (facile à dire, pas toujours à faire car il convient d’être très concentré). L’avantage de cette méthode est que l’oiseau se trouve toujours dans un environnement plus sympa qu’un ciel sans nuage.

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Une mouette rieuse en vol donne rarement un beau cliché. La prendre au décollage offre plusieurs intérêts (texture de l’eau, présence d’un reflet, éclaboussure caractéristique du décollage). Lorsque l’oiseau est perpendiculaire à votre position, vous pouvez désactiver l’autofocus continu. Au moment de son envol, la mouette restera dans le plan de netteté. Laissez de l’espace devant la tête de l’oiseau et surtout ne coupez pas le reflet.

6. La toilette, moment privilégié !

colvert2Ce ne sont pas les oiseaux les plus rares qui font les plus belles photos. Un simple canard colvert placé dans une jolie lumière dorée peut faire l’affaire. Le rituel de la toilette chez les canards est toujours le même. L’oiseau s’asperge d’eau avant de se redresser et battre des ailes pour se débarrasser du liquide. Il passe ensuite un long moment à se lisser les plumes afin de leur permettre de conserver leur imperméabilité. Une ouverture réglée à f/8 afin d’obtenir assez de profondeur de champ, l’autofocus réglé sur S car le canard reste sur place, une vitesse suffisante pour figer le battement des ailes et voila une jolie photo pleine de détails et de couleurs.

7. Jouez avec la lumière

petit-monarque

Le moment décisif est parfois dicté par la position du photographe. Prendre un papillon posé (ici un Petit Monarque) sur un végétal n’offre qu’un intérêt descriptif. Mais se placer de telle manière que le lépidoptère se trouve entre le soleil et vous, c’est à dire à contrejour, c’est faire preuve d’originalité. Avec un peu de chance, le soleil quittera l’arrière du nuage qui le dissimule pour vous offrir cet effet de transparence dans les ailes du papillon. L’instant décisif est arrivé, c’est le moment d’appuyer sur le déclencheur. Si le papillon s’envole avant, il faudra recommencer, puis recommencer encore… C’est ce qui fait le charme de la photo non ?

Cet article vous a donné de nouvelles pistes pour réaliser de belles photos, dynamiques et originales.  Même si parfois l’instant décisif est très très furtif ne vous précipitez jamais. Restez concentré, cadrez votre sujet avec soin, pensez à la lumière, n’hésitez pas à changer de place pour tester de nouveaux points de vue, et surtout amusez-vous car la photo doit avant tout rester un plaisir !

A très bientôt,

Jean-Michel

 

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4 commentaires sur « L’instant décisif en photographie animalière »

  1. merci pour cet article et le cours de jeudi, les jours se mettent au beau, sortons les appareils (quand on peut) et essayons de retenir tes leçons !!!!! (évidement faire d’aussi belles photos) Oups

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  2. Article digne d’intérêt … Je reconnais quelques instants décisifs et des émotions partagées avec cette belle huppe. A bientôt, Christophe.

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  3. Une bonne révision sur la technique de prise de vue des oiseaux ou insectes en vol ! ton article donne envie de sortir et de se mettre à l’affût ! …. »ya plus qu’à » !!!
    article utile et fouillé, merci J.M !

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