Steve McCurry tombe dans le panneau…


« L’inattendu, le moment du hasard maîtrisé, qui permet de découvrir par accident des choses intéressantes qu’on ne cherchait pas. ». Cette phrase du photographe américain Steve McCurry prend un nouveau sens, quand, rattrapé par une affaire de retouche photo, il devient le sujet principal d’une polémique qui fait grand bruit sur la toile.

Steve McCurry, 66 ans, est une superstar de la photographie. Membre de la prestigieuse agence Magnum, il s’est fait connaître par ses photo-reportages sur  de nombreuses zones de conflit : la Guerre Iran-Iraq, la guerre civile libanaise et la Guerre du Golfe. Son travail lui a valu de multiples récompenses internationales. Qui ne connaît pas son portrait de Sharbat Gula, jeune afghane alors âgée de 13 ans et réfugiée au Pakistan ?

Steve McCurry tombe dans le panneau…

C’est le photographe italien, Paolo Viglione, qui a révélé les faits sur son blog, loin de s’imaginer que son post allait créer une polémique de portée mondiale. Paolo est allé voir l’exposition « Le monde de Steve McCurry« , exposition présentée à Turin jusqu’au 25 septembre 2016 et regroupant 250 photographies prises en Afganistan, dans le Sud-Est asiatique, en Inde, en Afrique, à Cuba, aux Etats-Unis, au Brésil et en Italie.

Lors de sa visite Paolo Viglione regarde une photo, prise récemment à La Havane et découvre un détail troublant : à l’arrière plan, un poteau de signalisation a été déplacé maladroitement. Un morceau manquant traine encore dans les pieds d’un piéton tout proche…

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Devant l’ampleur de la polémique qu’il a créé, Paolo Viglione, a tout d’abord supprimé l’article de son blog, expliquant qu’il avait simplement voulu parler d’une découverte « amusante ». Quelques temps plus tard, l’article est réapparu sur son blog, Paolo estimant que le mal était fait.

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Plusieurs blogs américains ont repris l’article du photographe italien, alimentant ainsi une polémique qui n’a cessée de croître depuis. D’autres modifications sur des photos de Steve McCurry ont été découvertes sur son blog. En voici un autre exemple.

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Sur cette seconde photo un enfant en arrière plan a été supprimé.

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Ces manipulations relancent un sujet qui fait polémique depuis longtemps : le photographe a-t-il le droit de manipuler une photo lors des opérations de post-traitement. Des milliers de lignes ont été écrites sur le sujet et des milliers d’autres le seront encore, cet article en est la preuve…

Ma réponse à cette question est simple, c’est « oui mais« . Je vais prendre un exemple : je viens de réaliser une magnifique photo de paysage sur laquelle je constate deux « pétouilles » provenant de taches de graisse sur mon capteur. Il serait idiot de ne pas les supprimer au prétexte que l’on ne modifie pas une image qui a été prise.

Une photographie c’est un peu comme une phrase, elle raconte quelque chose. Une phrase se compose souvent d’un verbe, d’un sujet et d’un complément. Si je remplace le verbe par un verbe synonyme, je ne trahit pas le sens de ma phrase. Vous voyez où je veux en venir ? Pour moi le photographe peut « manipuler » une image dès lors qu’il ne trahit pas sa vérité, ne modifie pas son message. La manipulation doit toutefois rester légère et discrète.

Suite à la polémique et aux différentes attaques dirigées contre lui, Steve McCurry a publié un long message que je reproduis ci-après :

« J’ai commencé ma carrière il y a presque quarante ans lorsque j’ai quitté ma maison pour voyager et prendre des photos à travers l’Asie du Sud. Je suis allé en Afghanistan avec un groupe de moudjahidine en 1979 et suis ensuite devenu photojournaliste lorsque des magazines d’actualité et journaux ont choisi mes photos, les ont publiés un peu partout dans le monde et m’ont donné des missions pour leur fournir plus d’images de guerre.

Plus tard, j’ai couvert d’autres guerres et des conflits civils au Moyen-Orient et ailleurs et ai produit des essais photographiques pour des magazines, mais comme tous les autres artistes, ma carrière est passée par plusieurs stades

Aujourd’hui, je définirai mon travail comme « conteur d’histoire visuel » (visual storytelling en anglais) parce que mes images ont été réalisées dans beaucoup d’endroits, pour beaucoup de raisons et dans beaucoup de situations. La majeure partie de mon travail récent a été réalisé pour mon propre plaisir dans des endroits que je souhaitais visiter afin de satisfaire ma curiosité, sur les peuples et la culture. Par exemple, mon travail sur Cuba a été réalisé durant quatre voyages personnels.

Ma photographie est mon art et c’est gratifiant lorsque des gens l’aiment et l’apprécient. J’ai eu la chance d’être capable de partager mon travail avec des gens dans le monde entier;

J’essaie d’être aussi impliqué que possible dans la revue et la supervision de l’impression des photos, mais très souvent les tirages sont réalisés et envoyés lorsque je suis absent. C’est ce qui est arrivé dans ce cas. Bien entendu, ce qui est arrivé avec cette image est une erreur pour laquelle je dois prendre mes responsabilités. J’ai pris des initiatives pour changer les procédures dans mon studio afin d’éviter que cela se reproduise à l’avenir. »

En publiant cet article je ne veux absolument pas ajouter à la polémique. Il a d’ailleurs été établi que le post-traitement et le tirage de la photographique en cause ont été réalisés par un employé de Steve McCurry, licencié depuis. Steve McCurry demeure est restera une icône du photo-journalisme.

le photographe a-t-il le droit de manipuler une photo lors des opérations de post-traitement ? J’attends vos commentaires !

Jean-Michel

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7 commentaires sur « Steve McCurry tombe dans le panneau… »

  1. Aucun souci pour moi… Par son travail récent il produit des images destinées à être encadrées, il n’est plus dans une démarche d’information comme lorsqu’il témoignait sur les conflits… Donc seul le résultat final compte ici… Je n’aurais pas le même discours dans le cas d’un photoreportage journalistique destiné à informer sur la réalité du terrain…

    Alors pour moi, oui, le photographe a le droit de manipuler une photo lors des opérations de post-traitement, dans un contexte de travail artistique personnel… 🙂

    Excellent article en tout cas, comme d’habitude 🙂

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  2. Merci à toi JB. Nous sommes sur la même longueur d’onde. Le Post-traitement fait partie intégrante de la démarche artistique du photographe. Il est vrai que ce n’est pas la même chose lorsque la photo est un vecteur d’information et doit absolument refléter la réalité du terrain. Tu as tout résumé !

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  3. Pourquoi se refuser le post-traitement? Cela fait partie intégrante du travail du photographe, nous le faisions déjà en argentique. Par contre, je pense qu’il faut rester fidèle à l’image d’origine. Le post-traitement ne servant qu’à supprimer quelques imperfections techniques et surtout ne pas dénaturer l’histoire.

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  4. Je rejoins la très bonne analyse de JB… Selon moi, ou le photographe fait de la création numérique avec ses photos et il le signale, soit il est et ou devient un photographe témoin (street photo, photos de sport, reportage de guerre, etc…) et ses photos doivent être le reflet de ce que son oeil a vu, même si un élément perturbateur vient parasiter l’une de ses photos. Dans ce cas, soit il diffère le déclenchement, soit il modifie son cadrage et sa composition. Dès lors que l’instant est inoubliable, matérialisant peut-être le cliché de sa vie, je pense qu’il doit composer avec cet environnement même si un élément indésirable vient s’intégrer à sa photo qui doit refléter la réalité et la vérité.
    Merci Jean-Michel pour cet article …qui fera sans doute encore couler beaucoup d’encre, ou martyriser pas mal de claviers!
    François

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  5. Les deux avis ne sont pas si éloignés … Démarches créative et artistique se rejoignent à l’heure actuelle où l’on ne compte plus les très belles images réalisées tant par les professionnels que les « amateurs ».
    Ma conclusion ? Identifier sa démarche dominante et s’attacher au message qu’on souhaite faire passer (le bras de l’enfant sur la photo de groupe ne modifiait pas le message mais … l’avoir effacé non plus ! La liberté offerte par l’ère du numérique implique de déterminer ses choix et de les assumer.

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  6. Le post-traitement est un outil dont on ne peut se passer. Je pense que c est le photographe lui même qui sait le message qu il veut faire passer et si un élément de sa photo perturbe son message bien sûr qu’il doit l enlever..
    Dans la photo reportage c est différent,on ne cherche pas à faire de la photo composée, on laisse la photo telle qu elle est avec toute sa violence, je ne suis pas une fan de la retouche à outrance mais pour un pro c est indispensable. .
    Jean Michel tu nous intéresses beaucoup avec tes articles….

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