La digiscopie, ou comment faire de la photo autrement : partie 2.


Après un premier article qui est en passe de battre des records de lecture (deux jours seulement après sa parution), vous êtes nombreux à attendre la suite des explications de Jean-Christophe Delattre.  C’est pour cette raison que je précipite un peu la parution de la seconde partie. Régalez vous !

Les avantages de la digiscopie :

– La focale

Comme mentionné dans le paragraphe précédent, un gros avantage de la digiscopie est la focale obtenue, qui commence aux environs de 1000mm et qui peut aller beaucoup plus loin. Ces forts grossissements s’avèrent vite utiles tant les oiseaux sont craintifs envers l’homme. Ce n’est pas pour autant que la digiscopie permet de s’affranchir des techniques d’affût et de camouflage que l’on utilise pour s’immiscer dans la vie des oiseaux, mais elle permet tout de même plus de possibilités que du matériel reflex classique qui n’atteint pas de tels grossissements. Voici une image d’un Hibou Grand-duc en falaise, photographié à plus de 100 mètres. La focale utilisée est de 2200mm environ !

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– Le prix

Le matériel digiscopique reste onéreux, mais beaucoup moins que le matériel reflex conventionnel. De plus, beaucoup d’ornithologues et même plus généralement de naturalistes possèdent déjà une longue-vue. Ces instruments servent avant tout à observer, faire de la photo avec est un bonus ! Il faut alors simplement investir dans un APN compact et un adaptateur.

– Le poids et l’encombrement

Les longues-vues sont légères et compactes (entre 1,5 et 2 kg), les APNs et les adaptateurs aussi (on peut compter en moyenne 250 g pour un APN et 300g pour un adaptateur). Les longues-vues sont également solides et entièrement étanches. Il est facile de prendre soin de l’APN qui est très peu encombrant et rentre dans une petite poche sans problème. En photo reflex, les objectifs de grande focale sont très encombrants et le matériel est beaucoup plus lourd et souvent peu étanche à la poussière et à l’humidité. De plus, il faudra un trépied plus stable et donc plus lourd pour accueillir un montage reflex. Voici une image comparative avec un boitier reflex monté sur un 500mm F/4. Le poids est plus que doublé entre les 2 montages.

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Les inconvénients de la digiscopie :

– La réactivité

La digiscopie reste une méthode photographique qui demande un peu de pratique, car sa mise en œuvre reste un peu complexe. Avec du bon matériel reflex, dès que l’oiseau est dans le viseur, la mise au point est automatique et très rapide, on peut déclencher très vite. Le reflex possède également un mode rafale très rapide. Il est alors facile de prendre des oiseaux en plein vol ou de figer des instants furtifs.

En digiscopie, il faut faire une pré-mise au point sur la longue vue. Ensuite, l’autofocus de l’APN prend le relai, mais il est bien plus lent que sur un reflex. Le temps d’enregistrement des photos reste également lent sur un APN compact. Le mode rafale est en général très lent également, surtout lors de l’utilisation du format raw. En digiscopie, on regarde la scène sur l’écran de l’APN. Celui-ci restitue l’image avec un temps de retard, il est alors délicat d’immortaliser un instant furtif. Cette image d’un Faucon hobereau lancé à 50km/h, prise au reflex, n’aurait pas pu être réalisée en digiscopie !

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– La luminosité

En digiscopie, les grandes focales obtenues sont toujours associées à une lentille d’entrée de l’ordre de 80 mm de diamètre. Mais même avec ce petit diamètre, le système digiscopique ouvre beaucoup car le petit capteur des APNs concentre la lumière. L’ouverture équivalente, d’après des tests de terrains, est d’environ F/4,5 à une focale de 1000mm. Avec du bon matériel reflex, l’ouverture peut aller de F/4 à F/2,8, ce qui reste un peu meilleur. Mais l’autre point important lié à la luminosité est la sensibilité ISO, que l’on doit forcément augmenter en conditions de faible lumière. Sur les APNs compacts, monter en ISO dégrade beaucoup la qualité des images (au delà de 200 ISO), alors qu’un reflex conserve une très bonne qualité jusqu’à 800 ISO et même bien au delà sur les boitiers haut de gamme actuels. Ceci explique que la digiscopie soit peu adaptée à la photo de mammifères, qui se pratique en général tôt le matin ou tard le soir, dans des conditions de lumière délicates.

Conseils à ceux qui veulent se lancer :

La digiscopie, comme n’importe quel autre matériel permettant de s’attaquer à la photographie d’oiseaux, nécessite avant tout d’avoir de bonnes connaissances naturalistes. Il est important de connaître la nature, les différentes espèces d’oiseaux, leur mode de vie, de savoir ou les trouver. Bien connaître son sujet est également important pour minimiser le dérangement que l’on provoque en tentant des photographies. Il est important de ne pas faire n’importe quoi, la nature est belle mais fragile, et les images doivent permettre de témoigner de cette beauté sans nuire. Il faut donc être patient et connaitre les techniques d’approche discrètes des oiseaux.

L’observation de la nature passe avant la photographie. Il faut savoir bien observer et apprendre avant de pourvoir bien photographier. Pour cela, la digiscopie est très intéressante dans le sens ou elle permet de combiner observation dans le meilleur matériel optique qui soit et photographie dans ce même matériel optique. Il m’est arrivé de partir faire simplement de l’observation avec ma longue-vue et de revenir avec de belles photos sans les avoir prévu. En voici 2 exemples avec la petite Chouette Chevêche et le Bruant des roseaux :

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Un autre conseil à donner est de ne pas être trop gourmand avec la focale. La première erreur des débutants est de vouloir photographier les oiseaux de très loin avec un grossissement énorme. Les images qui en sortent sont rarement de bonne qualité. Je conseille de rester dans des équivalents focale de l’ordre de 1000 à 1500mm. Au-delà, il est possible de faire de belles images mais dans de très bonnes conditions de lumière, de distance et de proximité. Un exemple avec ce Hibou moyen duc photographié dans son dortoir diurne à 12 mètres avec une bonne lumière. La focale est de 3200mm !

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Pour terminer, il faut tout de même noter que depuis quelques années, des marques comme Sigma ou Tamron ont sorti des téléobjectifs pour reflex peu chers et de très bonne qualité. Ce sont par exemple le Sigma 150-600mm f/5-6.3 DG OS HSM Sports et le Tamron 150-600mm SP f/5-6.3 Di VC USD. Cette génération de super télézooms abordables font un peu d’ombre à la digiscopie car ils sont une alternative intéressante. Avant de choisir, il faut simplement savoir ce que l’on attend de son matériel optique !


Je voudrais adresser un immense merci à Jean-Christophe Delattre, pour cet article long et fort intéressant sur un sujet peu abordé sur les blogs photo. Un article spécialement écrit pour les lecteurs du blog Emotions Numériques, cela mérite d’être signalé.

Jean-Christophe, tu fais maintenant partie de « la maison ». Ces colonnes te sont dorénavant ouvertes, pour un nouvel article, un reportage ou encore l’annonce d’une exposition.

Avant de vous quitter, je vous rappelle l’adresse de son site : http://www.jc-delattre.fr/

A bientôt !

Jean-Michel

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