Un oiseau rare à l’honneur : La Talève sultane


Après vous avoir parlé de Perruches, je souhaite vous faire connaître, ici, un oiseau magnifique, farouche et aussi rare que discret : La Talève sultane (Porphyrio porphyrio).

Habitante des roselières du sud de la France, elle est très difficile à apercevoir, tant elle est furtive et rapide dans ses déplacements hors de sa cachette de phragmites. J’ai eu l’occasion de la rencontrer lors de mes affûts et billebaudes dans les zones humides du Narbonnais. Connaissant ses gîtes et habitudes il m’arrive d’aller prendre plaisir à l’observer de temps à autre.

ts-01.jpg

ts-02.jpg

D’allure générale, la Talève sultane à l’allure d’une grosse poule d’eau d’une taille de 50 cm pour une envergure de 1 m.

Elle possède un plumage bleu violet, avec des reflets métalliques sur la gorge et la poitrine, les plumes sous caudales sont blanches. Le bec est très fort et rouge, de forme triangulaire, avec la mandibule supérieure volumineuse et recourbée, ce qui lui donne un aspect étrange. Il se prolonge jusqu’au sommet de la tête par une plaque frontale d’un rouge vif comme le bec et les longues pattes. Celles-ci se terminent par des doigts très longs aux griffes longues et effilées, spécialement celle du doigt postérieur. Les yeux sont également rouges.

ts-03.jpg

ts-04.jpg

Les 2 sexes sont identiques. Les juvéniles, quant à eux, ont un plumage gris ardoise.

Présente de tous temps en Espagne, elle a reconquis depuis quelques dizaines d’années les côtes méditerranéennes jusqu’en Camargue. C’est la rudesse des hivers qui en limite son expansion plus nordique. Elle est observée régulièrement en France depuis les années 1970 y est nicheuse depuis 1996. En 2008 on la trouve nicheuse sur la côte méditerranéenne dans les roselières des étangs depuis le Roussillon jusqu’en Camargue

Oiseau sédentaire, la Talève sultane habite dans les roselières pratiquement impénétrables autour des lagunes d’eau douce ou saumâtre. Elle se déplace parmi les phragmites avec une grande facilité malgré ses énormes pattes. Elle est plus facile à repérer en hiver lorsque le contraste entre sa couleur sombre et le marron clair de la roselière est le plus important. Même si elle vole relativement bien, elle ne le fera que sur de courtes distances en général. Ce sont surtout les immatures à la recherche de nouveaux territoires qui volent longuement. En vol ses longues pattes pendantes permettent de l’identifier de loin.

ts-05.jpg

ts-06.jpg

ts-07.jpg

ts-08.jpg

Essentiellement végétarienne. Elle consomme des tiges, des feuilles, des racines, des fleurs et des graines de plantes aquatiques et semi-aquatiques. Si elle se nourrit de plusieurs plantes habituellement présente dans son habitat, c’est souvent le Phragmite commun qui forme la plus grande part de son alimentation. Elle est très friande de la sève végétale.
Occasionnellement elle peut-être omnivore et s’alimenter avec des œufs, poussins, grenouilles, poissons, escargots ou des crustacés. Et même de poissons morts (comme sur la photo ci-après).

ts-09.jpg

Sa façon de se nourrir est un spectacle en soi. Si elle se sent protégée, elle marche le long de la zone vaseuse bordant les roseaux. La nourriture est prise avec une patte, en se servant de ses longs doigts. Les fragments végétaux sont tenus entre les doigts et élevés jusqu’à la moitié de la hauteur les séparant du bec. Si un fragment tombe, il est récupéré avec les doigts et non avec le bec, bien que souvent la tentative échoue. Les morceaux de racines ne pouvant être déplacés de cette façon, sont maintenus au sol avec les doigts et déchiquetés avec le bec puis les morceaux boueux sont lavés avant d’être engloutis.

ts-10.jpg

ts-11.jpg

ts-12.jpg

La Talève sultane a été vue nourrissant ses petits avec la sève des roseaux, arrachant les tiges avec le bec et les saisissant avec les doigts, comme le ferait un perroquet.

Les Talèves sultanes ont un impact important sur leur propre habitat. En effet, compte tenu de la vitesse à laquelle elles consomment les racines, l’aspect des marais où elles sont passées est souvent spectaculaire. Cependant, le pouvoir de régénération des roseaux est tel, qu’il est improbable que les oiseaux soient capables de détruire la roselière dans laquelle elles évoluent, contribuant même à éviter sa trop grande expansion.

La Talève sultane, bien que protégée dans la plupart des endroits où elle vit, est quand même victime du vol de ses œufs et de la chasse, et bien sûr, le drainage des marais et la pollution par les insecticides et le plomb restent malgré tout une menace.

Si un jour vous vous promenez dans une roselière du sud de la France, soyez attentifs et surtout silencieux, il n’est pas impossible que vous voyiez surgir un bel oiseau bleu au bec rouge des roseaux …

Michel


Article proposé par Michel Fernandez le 5 février 2018. Son site: http://www.mes-photos-nature.fr/

10 réflexions sur “Un oiseau rare à l’honneur : La Talève sultane

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s