Photographie

Le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus)


Aujourd’hui, je souhaite vous parler d’une orchidée emblématique, une des plus belles de France, celle qui ressemble le plus à l’orchidée tropicale type à laquelle on pense quand on parle d’orchidée.

Certainement la plus rare, difficile à confondre avec une autre : Le Sabot de Vénus.

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Le sabot de Vénus ou sabot de Vénus d’Europe (Cypripedium calceolus) est une plante herbacée vivace de la famille des Orchidaceae (sous-famille des Cypripedioideae). Il est parfois appelé sabot de la Vierge ou soulier de Notre-Dame.

Le gros labelle jaune et renflé de ses fleurs évoque la forme d’une chaussure, ce qui lui a donné son nom.

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La fleur du sabot de Vénus est l’emblème de nombreuses régions des Alpes et symbolise la beauté d’où l’engouement qu’il provoque. La variété au périanthe entièrement jaune est très recherchée. La légende veut que Vénus surprise à flâner dans la prairie par un berger s’enfuie, laissant derrière elle un de ses souliers devenus « le sabot de Vénus ».

C’est une orchidée qui apprécie les sols alcalins et que l’on rencontre en Suisse, en Italie, parfois en Espagne, en Grèce, en Amérique du Nord, plus fréquemment en Sibérie et dans quelques pays d’Asie. Elle est très rare et protégée au niveau national, souvent menacée par la densification de son couvert végétal.

En France on la trouve tout particulièrement dans les Alpes et de manière épisodique dans les Pyrénées, dans le Jura, en Moselle et sur le Massif Central entre 300 et 1200 mètres d’altitude dans les zones de mi-ombre en particulier dans les hêtraies et les hêtraies-sapinières, où elle fleurit de mai à juillet.

La tige dressée atteint 15 à 60 cm de haut et se caractérise par des gaines à la base. La tige simple porte habituellement de trois à cinq feuilles alternes vert clair et couvertes de petits poils sur leur partie inférieure. Elles sont de forme large-ovale, dont la nervation parallèle est bien marquée et  peuvent se confondre avant sa floraison avec la Grande gentiane.

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Le sabot de Vénus pousse fréquemment en petites touffes de 2 à 6 tiges partageant un système racinaire commun. Il développe des fleurs hermaphrodites et zygomorphes.

Généralement cette espèce ne produit qu’une à deux fleurs par individu, très rarement quelques spécimens à trois fleurs. Les fleurs se forment à l’aisselle de bractées et sont portées par un pédoncule pubescent.

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Chaque fleur, comme toutes les orchidées, possède trois sépales et trois pétales. Les sépales, longs de 5 cm sont de forme lancéolée. Leur couleur varie entre brun-rouge et brun-chocolat. Les deux sépales latéraux sont soudés et pointent vers le bas sous le labelle tandis que le sépale central qui s’étend verticalement vers le haut prend la position opposée. Deux pétales assez étroits et souvent un peu torses, sont de même couleur et forme que les sépales. Ceux-là sont disposés des deux côtés et entourent le labelle jaune. Celui-ci naît par une transformation du troisième pétale. Il est en forme de sabot ventru de couleur jaune paille parsemé de taches brunes et atteint une longueur de 4 cm. La fleur du sabot de Vénus compte parmi les fleurs les plus grandes de la flore d’Europe occidentale, et possède la fleur la plus grande parmi les orchidées européennes.

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C’est la seule orchidée de la sous-famille des Cypripedioideae en Europe.

Cette orchidée est définit comme une plante tricheuse, c’est à dire qu’elle attire les insectes avec la couleur vive de sa fleur sans avoir à produire de nectar. Les pollinisateurs dupés ressortent du sabot couverts de pollen sans avoir pu festoyer. Il arrive de manière exceptionnelle que la plante s’autoféconde. Cette espèce à une durée de vie d’une centaine d’années ce qui permet de compenser sa faible reproductivité.

Malgré son espérance de vie, elle est très fragile. Tout d’abord, elle ne fleurit qu’au bout de plusieurs années (une dizaine d’année généralement). Ensuite, comme pour toutes les orchidées, ses graines sont trop petites pour se développer seules.

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Bouton de Sabot de Vénus

Elles n’ont pas de réserve de nourriture pour le développement de la plantule et ont donc besoin d’une association avec un champignon. Sans ce dernier, aucune chance de germer (alors n’essayez jamais de récupérer des graines d’orchidées au passage). Celui-ci lui apportera alors de la nourriture qui lui permettra de germer. Mais toute symbiose nécessite une parfaite rigueur pour chacun des participants, si l’un des deux triche et devient parasite alors aucun d’eux ne pourra se développer. Heureusement, elle se multiplie également par ses rhizomes, des racines horizontales d’où partiront de nouvelles pousses (comme pour les iris par exemple).

Vous l’aurez compris, dans tous les cas la reproduction est très compliquée et l’espèce fait l’objet d’une réglementation très stricte en raison de son important déclin sur l’ensemble de l’Europe (à cause de la destruction de son habitat). À l’échelle nationale sont statut est VU: Espèce encourant un risque élevé d’extinction dans la nature. Néanmoins dans les alpes l’espèce est bien plus fréquente que ne l’indique les référence bibliographiques. C’est d’ailleurs là que l’on trouve les plus importantes populations d’Europe Occidentale.

Une des premières causes de la disparition du sabot de Vénus est la cueillette de loisir ou commerciale de celui-ci. Malgré la sensibilisation auprès des publics, il est encore courant de rencontrer des promeneurs ou vendeurs à la sauvette qui proposent ou tiennent à la main de larges bouquets.

De fortes amendes (1500 euros par fleur coupée !) couplées à des patrouilles fréquentes de gardes assermentés de la police de l’environnement dissuadent les contrevenants.

Si la moindre petite station de cette espèce est gardée secrète, c’est par peur de la destruction, peur qu’un collectionneur irresponsable voulant avoir un plan au fond de son jardin ou dans son herbier fasse disparaître une espèce pour ses intérêts personnels, ce qui est trop souvent arrivé.

Cette plante, la fleur de la déesse de l’amour, déchaîne tant de passions que le public devient rapidement incontrôlable. Pour certains botanistes ou « cocheurs », c’est LA fleur à voir avant de mourir, c’est un mythe qui prend des proportions énormes. Certains ne veulent pas la voir, mais l’avoir vue. Ils font des centaines de kilomètres pour elle, pour la photographier, la toucher… et bien souvent tout est piétiné autour y compris les pieds non fleuris difficiles à reconnaître.

Voila une belle et rare fleur qui méritait bien un petit article.

Rappelez vous que les Orchidées sont protégées et qu’il est inutile (et surtout impossible) de chercher à les faire pousser dans vos jardins.

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Michel FERNANDEZ

D’autres photos sur mon site : mes photos nature

6 comments on “Le Sabot de Vénus (Cypripedium calceolus)

  1. Laurence

    Une fleur magnifique Michel que j espérais voir depuis plusieurs années..
    C est un superbe article pour la reine des orchidées

    Aimé par 1 personne

  2. Très bel article joliment illustré. Pour les orchidophiles, le Sabot de Vénus est mythique, mais nombreux sont ceux qui ne l’on jamais vu qu’en photo…

    Aimé par 1 personne

  3. Claire Ortiz

    On a donc de la chance d’avoir un Michel qui nous emmène voir et prendre en photo cette fleur magnifique ! Merci Michel.

    Aimé par 1 personne

  4. Si Vénus était aussi belle que son sabot , on comprend l’empressement du berger.
    agrid

    Aimé par 1 personne

  5. Deruggiero anne marie

    Merci Michel
    Très bel article et belles photos , j ai enfin rencontré cette reine des orchidees tant attendue grâce à toi !
    Je vais pouvoir terminer mon album fleurs sauvages …il me manquait juste la 1er page avec le sabot de Vénus.
    Trop contente , merci, merci !!!😊
    AM

    Aimé par 1 personne

  6. Merci Michel !

    Aimé par 1 personne

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