Apprendre à connaître ses objectifs


Tous les bons photographes ont un objectif préféré, parfois même deux ou trois. Mais savez-vous comment tirer le meilleur parti de votre  ou vos objectifs ? J’ai utilisé beaucoup d’optiques dans ma vie de photographe. Aussi, je sais qu’il faut du temps pour apprendre à connaître une optique et plus de temps encore pour la maîtriser. Les conseils qui vont suivre devraient vous aider dans cette démarche.

Utilisez uniquement l’objectif que vous souhaitez découvrir

Voilà un exercice que j’adore et auquel je me livre très fréquemment : utiliser le même objectif pendant toute une journée, voire sur une plus longue période. Le choix de l’optique est fonction du type de photo que je m’apprête à prendre, mais c’est toujours une focale fixe. Par exemple, si je me prépare à une sortie « paysage » je vais emporter un boîtier et un Sony 28mm f/2 ; pour une séance portrait, ce sera le 85mm f/1.8.

Je compare souvent le photographe à un athlète. Pour être meilleur il faut impérativement s’entraîner, et ce n’est pas en changeant d’objectif toutes les cinq minutes que vous parviendrez à connaître parfaitement chacun des objectifs de votre parc optique.

Utiliser le même objectif toute une journée permet de mieux le connaître (angle de champ – meilleure ouverture – comportement en contrejour – gain offert par le stabilisateur – rapidité de l’autofocus – contraste des images – etc.).

Cet exercice est plus facile avec une focale fixe. Si vous le faîtes avec un zoom, je vous suggère de choisir une longueur focale et de vous y tenir. L’idée est de se familiariser avec le comportement de l’objectif à une certaine focale. Vous n’y parviendrez pas si vous zoomez sans cesse.

Testez vos optiques à toutes les ouvertures

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Une partie de la maîtrise de vos optiques consiste à savoir comment chacune d’elles se comporte à différentes ouvertures. Il y a deux choses à considérer ici : la performance technique et la qualité esthétique.

Aucun objectif ne donne une qualité d’image constante sur toute sa plage d’ouvertures. Les objectifs sont moins performants à pleine ouverture (f/1.8 par exemple) ou encore lorsque l’ouverture est très petite (f/22 par exemple).  Les meilleurs résultats s’obtiennent généralement de f/5.6 à f/11.

Si vous avez tendance à fermer le diaphragme lorsque vous prenez des photos (vous êtes sans doute un photographe de paysage), vous devez être conscient d’un effet appelé diffraction, effet responsable de la perte de piqué de votre image. Vous obtiendrez plus de profondeur de champ à f/22, mais les photos prises à f/8 ou à f/11 seront plus nettes.

Testez vos optiques pour voir à partir de quelle ouverture apparaît la diffraction. Ainsi, vous connaîtrez les limites de votre objectif, limites au delà ou en deçà desquelles  il produira une perte significative de netteté.

À l’autre extrémité de l’échelle, un objectif est toujours plus « mou » à pleine ouverture. Si votre objectif préféré est une focale fixe très lumineuse, la pleine ouverture vous permettra d’obtenir un magnifique bokeh. Plus vous fermerez l’ouverture, plus la profondeur de champ augmentera. Vous aurez moins de bokeh et plus de profondeur de champ.

La clé est de trouver l’équilibre entre bokeh et qualité d’image. Par exemple, lorsque je fais des portraits avec un téléobjectif court, j’obtiens les meilleurs résultats avec f/2.8. Le visage du modèle est net et le bokeh a toujours une belle qualité.

 

Objectifs zoom – testez le à différentes focales

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(c) Bess Hamiti

La situation devient un peu plus compliquée avec les zooms. C’est parce que vous avez une longueur focale variable. Non seulement la netteté varie selon  l’ouverture, mais aussi en fonction de la longueur focale . Très peu de zooms offrent une qualité optique égale sur toute leur plage de focales.

En ce qui concerne les zooms, je préfère les considérer comme plusieurs objectifs de base en un seul. Par exemple, lorsque je possédais un zoom 17-40 mm, j’avais tendance à le régler sur 24 ou 35mm pour la plupart de mes prises de vues (ces focales étaient marquées de manière pratique sur le barillet). D’autres fois, j’utilisais le 17 mm si je voulais un effet réel à très grand angle ou à 40 mm pour obtenir un cadrage proche de celui du regard humain. Donc, pour moi, il y avait quatre optiques en une – un 17 mm, un 24 mm, un 35 mm et un 40 mm.

Cette approche simplifie la connaissance de votre objectif zoom, car vous apprenez à le maîtriser à trois ou quatre focales plutôt que sur toute la plage du zoom.

 

Zoomez avec vos pieds

Si vous utilisez une focale fixe, vous serez obligé de marcher vers le sujet si vous souhaitez un plan plus rapproché.

Avec un zoom c’est différent, il suffit de tourner la bague de zoom pour donner l’impression d’être plus proche du sujet. Mais attention, un zoom sur le sujet ne vous apprendra rien quant à la perception des perspectives. Il est souvent préférable de « zoomer avec les pieds », car cela vous apprend à utiliser votre zoom comme une focale fixe (nous en avons déjà parlé au paragraphe précédent) et donc à maîtriser la sensation des perspectives.

Un zoom a tendance à écraser les différents plans d’une image. Ce n’est pas le cas avec une focale fixe. Pour conserver les différents plans et maitriser les perspectives avec un zoom, il convient donc de l’utiliser comme une focale fixe. Avec un 18-55mm, il vaut donc mieux se mettre à la focale de 24mm et marcher en direction du sujet jusqu’à obtenir le bon cadrage que de rester sur place et d’utiliser le 55 mm. Faîtes l’essai et vous constaterez que les perspectives ne sont pas du tout les mêmes.

 

Multipliez les sujets

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(c) Engin Akyurt

En photographie, on a tendance à penser qu’une focale est attribuée à un sujet particulier. Par exemple, les objectifs grands angles (18 à 35mm) sont destinés à la photo de paysage tandis que les petits téléobjectifs (85 à 135mm) sont parfaits pour le portrait.

Cette façon de voir les choses est un peu réductrice, d’autant qu’elle bride également la créativité. Que se passe-t-il si l’on inverse les rôles, si l’on photographie un paysage au 85mm et si l’on fait des portraits au 35mm ? L’idée est de vous sortir de votre zone de confort et d’utiliser vos objectifs préférés tout en faisant preuve de créativité. Une manière de travailler que vous n’avez peut être pas encore abordée, mais qui vous permettra de mieux connaître vos optiques.

Si vous utilisez un objectif grand angle pour le portrait, vous constaterez rapidement que si vous vous approchez trop près de votre modèle, des effets très peu flatteurs apparaîtront. Mais que se passe-t-il si vous prenez du recul et intégrez davantage l’environnement ? Soudain, vous adoptez une approche très différente de celle que vous utiliseriez avec un téléobjectif court. Des expériences comme celles-ci peuvent ajouter de nouvelles compétences et de nouvelles méthodes de travail à votre répertoire.

 

Poussez votre composition à la limite

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(c) Steve Buissinne

Si vous avez un téléobjectif, vous allez comprimer les différents plans de votre image. Ce défaut, peut parfois devenir un avantage lorsque l’on veut, par exemple, montrer la juxtaposition de nombreux plans.

C’est un processus d’expérimentation. Toutes vos expériences ne fonctionneront pas. Mais quand elles le feront, comme dans le cas précédent, vous ajouterez de nouvelles compétences à votre pratique photographique.

 

Conclusion

J’espère que ces quelques idées vous donnerons envie de mieux connaitre  et mieux utiliser vos objectifs préférés. Au lieu de rêver à la prochaine optique que vous allez acheter – les rêves sont beaux, mais les nouvelles lentilles sont chères ! – Pourquoi ne pas apprendre à tirer le meilleur parti de celles que vous possédez déjà ?

Vous constaterez sans doute que la créativité vient aussi d’une utilisation différente de son matériel.

Bonnes photos !

Jean-Michel

3 réflexions sur “Apprendre à connaître ses objectifs

  1. Hervé

    Je me retrouve complètement dans ta conclusion. Comme tout le monde au début de la reprise de mon activité photo, j ai pris des zooms, grand angle, standard, télé et commencer à prendre une fixe, et une autre…. Bref aujourd’hui je ne fais que des photos avec des fixes. Pour moi c’est 35, 50, et 85. Je viens de prendre une 24 pour remplacer mon zoom grand angle. J’ai une 90 pour la macro et une 300 avec un extenseur. Alors comprenez moi bien je ne veux par faire l’apologie de la focale fixe, juste dire que cette façon me convient très bien. Pour partir en week-end et selon ma destination, je n’ai jamais plus de trois focales fixes dans mon sac et jamais je n’ai senti un manque particulier. Donc sac léger et habitude de changer de focale in situ me permet d’être en full frame sans jamais avoir l’air de porter mon fardeau! Suis peut être un peu long là, en tout cas merci pour cet article plein de bon sens.

    Aimé par 1 personne

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