Le focus stacking expliqué


Il est parfois intéressant de bénéficier d’une profondeur de champ étendue. Cela  s’avère particulièrement  utile en photographie publicitaire, en macrophotographie, ou, d’une manière plus générale, lorsque l’on souhaite représenter en détail un objet tout en conservant une netteté parfaite sur l’ensemble du sujet.

Mais, en photographie, c’est bien connu, les choses ne sont jamais simples : d’ordinaire, grande profondeur de champ et netteté absolue ne font pas bon ménage… Cet article va vous montrer qu’il est possible d’obtenir les deux résultats, tout en s’affranchissant des lois de la physique !

Avant propos

Sceau de Salomon

Il y a quelques jours, je publiai une série de photos, transmise par un lecteur, série qui a été très appréciée. Dans le même temps, je rappelai que tous les lecteurs pouvaient proposer la publication d’une série d’images sur ce blog. Cet appel a été entendu !

André Cottier, lecteur suisse et talentueux photographe, m’a alors proposé une série de fleurs réalisée selon la technique dite de l’empilement d’images (focus stacking). Sa proposition tombait à point nommé, puisque j’étais en train de rédiger un article sur ce sujet. Les magnifiques photos d’André vont donc illustrer mon propos. En fin d’article, je laisserai André se présenter et vous expliquer sa technique. Un grand merci à ce fidèle lecteur et, au passage, un amical bonjour à tous nos amis étrangers qui suivent ce blog.

Objectif : obtenir des photos nettes et une grande profondeur de champ

Silene dioique détail

L’ouverture, la focale et la distance appareil-sujet ont une incidence directe sur la netteté d’une image.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’une grande profondeur de champ s’obtient par la fermeture du diaphragme. Mais un problème physique apparaît généralement à partir de f/16. Il a pour nom « diffraction » et se concrétise par une perte de netteté. À f/22, une image sera toujours moins nette qu’à f/8, alors comment faire pour obtenir une grande profondeur de champ tout en conservant une netteté maximale ?

La réponse a pour nom « focus stacking« , ou pour parler en bon français « empilement de mises au point« .

Qu’est-ce que le focus stacking ?

Esparcette détail

Le focus stacking (en français, empilement de mises au point) consiste à prendre plusieurs photos d’un même objet, en décalant à chaque fois le plan de  mise au point. Une fois la série d’images réalisée, ces dernières sont confiées à un logiciel tel que Photoshop ou Helicon Focus. Le logiciel va extraire les parties nettes de chaque photo pour constituer l’image finale où la totalité de notre sujet apparaîtra alors parfaitement nette.

Cette technique de traitement d’image est principalement utilisée en macro ou en photo de produit, lorsque le sujet photographié est si proche qu’il est impossible de le conserver net sur toute sa profondeur.

Les avantages du focus stacking

Lamier tacheté détail

Vous n’ignorez pas que, pour bénéficier d’une grande profondeur de champ, il faut fermer le diaphragme au maximum. Mais on a vu un peu plus haut qu’à partir de f/16 le phénomène de diffraction introduit du flou dans l’image.

Lorsque vous prenez des photos à f/2,8 ou f/4, une grande quantité  de lumière atteint directement le capteur de votre appareil photo. À une  ouverture telle que f/16, la lumière éclaire  le sujet avec moins de précision et provoque une perte de netteté. Quelle que soit la qualité de votre objectif, vos images seront moins nettes à  f/16, et cette perte de netteté s’accentuera au fur et à mesure que vous réduirez l’ouverture du diaphrame,  en raison de cette loi intangible de la physique. Plus vous fermez le diaphragme et plus les détails seront flous. La diffraction générée par  l’objectif a tendance à s’accentuer avec les zooms, car ils comportent plusieurs pièces mobiles. Une optique fixe est donc préférable, sans être obligatoire.

Enfin, lorsque l’on cherche à maximiser la profondeur de champ, on altère largement la qualité du bokeh, ce qui n’est pas l’idéal si l’on recherche un fond très flou.

Le focus stacking permet donc de maximiser la profondeur de champ, tout en travaillant avec une grande ouverture (f/4 par exemple) afin d’obtenir une image très piquée et disposant d’un joli bokeh.

Focus stacking : la prise de vue

Populage des marais

Avant « d’aplatir » les différentes photos de votre objet dans Photoshop, il faut d’abord les réaliser. Pour cela, vous devez vous munir d’un trépied. Cet accessoire est indispensable sinon cette technique ne fonctionnera pas . Le trépied permet de conserver le même cadrage pour toutes les photos et la même distance appareil-sujet. Il assure également une grande netteté aux images.

Votre trépied doit être très stable et ne doit surtout pas bouger pendant toute la séance photo. Si vous heurtez accidentellement votre trépied, vous devrez tout recommencer.

Dès que vous fixez votre boîtier sur un trépied, la première chose à faire est de désactiver la stabilisation de votre objectif et du boîtier s’il dispose de ce dispositif. Sur les hybrides Sony (A7III par exemple), le fait de couper la stabilisation de l’objectif entraîne automatiquement la coupure de la stabilisation du boîtier (consultez la notice de votre appareil pour voir si c’est la même chose pour votre appareil photo).

Je vous conseille également  d’utiliser une télécommande, afin d’éliminer complètement la possibilité d’introduire du flou de bougé lors du déclenchement. Désactivez ensuite l’autofocus afin que l’appareil ne cherche pas à faire la mise au point lui-même.

Puis, réglez  l’ouverture sur f/4 ou f/5.6 afin de bénéficier du meilleur piqué possible tout en conservant un bokeh agréable. Attention, une fois l’ouverture choisie, vous ne devez plus la modifier pendant toutes vos prises de vues. Pour conserver la même exposition sur chaque image, il est même fortement conseillé de passer en mode manuel.

Vous voilà fin prêt. Faites la mise au point sur la partie de votre sujet la plus proche de votre appareil et prenez une première photo. Attention, il convient d’être très précis. C’est pourquoi je vous conseille d’utiliser le mode Live view et la loupe afin d’assurer une mise au point parfaite. Faites maintenant la mise au point un petit peu plus loin et prenez une nouvelle photo. Procédez ainsi jusqu’à couvrir la totalité des plans de votre sujet.

Transférez maintenant les photos sur votre ordinateur.

L’assemblage des photos

Benoîte des ruisseaux

Pour fusionner les images dans Photoshop, commencez par exporter vos photos dans un dossier sur votre bureau, où vous pourrez les retrouver facilement.

  • Ouvrez Photoshop.
  • Allez dans Fichier et choisissez Scripts.
  • Sélectionnez Chargement des fichiers dans une pile.
  • Cliquez sur Parcourir et sélectionnez toutes les images réalisées lors de votre séance photo.
  • Cochez la case pour tenter d’aligner automatiquement les images source.
  • Cliquez sur OK . Chacune des images s’ouvrira comme un nouveau calque dans Photoshop.
  • Sélectionnez tous les calques. Pour cela, cliquez sur le premier calque, appuyez sur la touche Shift de votre clavier et cliquez sur le dernier calque. Tous les calques sont maintenant sélectionnés.
  • Allez maintenant dans le menu « Édition > Fusion automatique des calques > Empiler les images »
  • Cliquez sur OK. Photoshop va travailler quelques instants pour repérer les zones nettes sur chacune des images et les conserver dans l’image finale.
  • Il ne vous reste plus qu’à enregistrer votre image.

Maintenant,  la parole est à André Cottier

Il est temps de présenter André Cottier, notre talentueux photographe Suisse, et de lui demander d’expliquer son travail car il est l’auteur de toutes les images illustrant cet article.

Cliquer sur l’image ci-dessous, pour prendre connaissance du texte dans un nouvel onglet.

André Cottier exposera à l’Hostellerie de Genève, Grande Place 11 à Vevey (Suisse), du lundi 21 janvier au samedi 17 février 2019.

André vous explique sa technique

Préparation de la séance photo dans un petit studio maison.

Pour réaliser les photos présentées dans cet article, voici un aperçu de mon installation.

Afin de donner à mes photos un aspect de planche botanique, un fond blanc, sur lequel se détache les fleurs, est obtenu par un panneau LED lumière du jour, suspendu verticalement à l’arrière de la table de travail. L’éclairage général provient d’une autre lampe de 170 LED que l’on voit à droite et en haut de l’illustration ci-dessus.

Pour les fleurs, un petit vase de verre rectangulaire, empli d’eau, dans lequel une éponge permet de maintenir verticalement les tiges glissées entre celle-ci et la paroi du verre. De cette manière, il n’y a pas de risque que les fleurs se fanent durant les prises de vues.

Le matériel et les prises de vues

Boîtier : Canon EOS 600D – Objectif : LEITZ Summicron 1:2 / 50 (utilisation manuelle) – Panneau LED Basic BB 62 – dimensions 62 x 62 cm – 4000K / 3200 lumens – Consommation 34 W – AC 200V – 240 v / 50Hz – possibilités de fonctionner avec piles AA 1,5 V / batterie  rechargeable ou courant 200V- 240V – Lampe de 170 LED : Cullmann CUlight V 390DL.

Les photographies ont été prises au 1/20ème de seconde avec une ouverture de f/8.

Du fait de la longue course de la bague de mise au point, je peux multiplier au choix un grand nombre de points. À chacun de ceux-ci, je vérifie cette mise au point sur l’écran du boîtier.

Chaque image de cette série à nécessité un empilement de 12 à 35 mises au point, donc de 12 à 35 images. Le nombre dépend des détails de l’objet à photographier.
Je commence toujours par mettre un repère à l’endroit le plus éloigné. Puis je marque ce point sur une bague en papier millimétré fixée par mes soins (de bricoleur perfectionniste) sur l’objectif. Je reviens ensuite au tout premier plan.
C’est alors que je commence une série de prises de vues en tournant la bague de mise au point par petits espaces réguliers jusqu’à atteindre le point rouge indiquant l’arrière-plan, marqué auparavant.
Les prises de vues réalisées, je décharge la carte mémoire dans un fichier préalablement créé dans mon ordinateur. Les images, au format RAW, sont ensuite ouverte dans Photoshop CC, sous Automatisation / Photomerge. Il convient ensuite de suivre les indications données par le logiciel.

Il existe d’autres logiciels permettant ce travail, et l’on trouve sur internet des tutoriels, vidéos et autres possibilités de découvrir comment s’y prendre. Bien entendu, au début, il faudra parfois recommencer depuis le début pour obtenir un résultat satisfaisant, mais cela en vaut la peine.

Toutes les photos transmises par André

Cliquez sur la première image pour l’agrandir et accéder à la galerie.

Conclusion

L’empilement de mises au point (focus stacking) est nécessaire pour la photographie de produits. Il est également très utile dans d’autres domaines : paysage, nature morte, macrophotographie, photographie culinaire, etc.

Si vous n’utilisez pas souvent Photoshop, ne soyez pas intimidé. L’empilement de mises au point est beaucoup plus facile que vous ne le pensez et vous serez sans aucun doute satisfait de vos résultats. Mais sachez aussi que d’autres logiciels ont été développés spécifiquement pour l’empilement de mises au point : Combine ZP – Helicon Focus – TuFuse – PhotAcute et Zerenne Stacker pour ne citer que les principaux. Un test de ces différents logiciels peut être consulté à cette adresse.

Je voudrais, avant d’en terminer, adresser un IMMENSE MERCI à André Cottier et le féliciter pour la grande qualité de son travail. À plus de 80 ans, il n’a rien perdu de sa technique photographique. Ses images témoignent de sa grande maîtrise de l’Art Photographique.

N’oubliez pas votre petit commentaire pour André, cela lui fera certainement très plaisir !

À très bientôt !

Jean-michel

13 réflexions sur “Le focus stacking expliqué

  1. Foucher Martine

    Oups !! C’est d’une finesse ces photos ! Chaque détail illumine la fleur , très beau travail , un œil de lynx pour tous vos détails . Bravo et merci de toutes vos explications .

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  2. Bravo et merci pour ces explications très précises, reste à bricoler cette bague en papier millimétré (un petit support d’André serait bienvenue pour un bricoleur un peu maladroit) et appliquer la technique.

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  3. Tout simplement sublime, quant aux explications merci beaucoup pour leur clarté. Ce serait un excellent sujet à partager en cours pratiques …… Ces photos sont merveilleuses et cela me rappelle les livres de botanique, que du bonheur

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  4. Bonjour .
    Un grand merci pour cet article intéressant et bravo pour le travail remarquable réalisé sur ces photos de fleurs , du grand art en somme .
    J’ai essayé cette technique l’hiver dernier avec des résultats moyens . Et pourtant , l’investissement était de taille , puisque je me suis équipé de la motorisation (stakshoot) , pour ceux qui connaissent , relié a l’APN et commandé par un boitier multi programmes. L’assemblage avec (entre autre ) hélicon focus , n’était pas à la hauteur des résultats attendus ( trop de retouches en post traitements m’ont fait abandonner ce projet ) . Grâce à cet article et disposant maintenant de photoshop , je vais à nouveau faire quelques essais qui je l’espère aboutiront enfin à des résultats satisfaisants .

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  5. Achille

    Un grand merci pour cet article qui démystifie cette technique et donne vraiment envie de la mettre en pratique.
    Et puis chapeau à André Cottier le passionné pour ce magnifique travail.

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  6. André Cottier

    Bonjour Jean-Michel,

    Je vous suis reconnaissant du magnifique travail que vous venez de faire. Je n’€™aurais pas trouvé meilleur ambassadeur que vous pour mettre en valeur ce que je fais par passion, une passion que je tiens à partager. C’€™est pour moi essentiel.

    Je me félicite d’€™avoir un jour eu la curiosité de visiter EMOTIONS NUMERIQUES. J’€™en retire d’€™ailleurs beaucoup d’€™enseignements.

    Maintenant, à  la lecture des documents que je vous ai envoyés, je m’€™aperçois d’€™une erreur de ma part.

    En effet, sous Le matériel et les prises de vues à  propos des éclairages, j’€™ai mélangé les descriptions du panneau LED avec celui de la lampe plus petite.

    Il faudrait lire : Possibilités de fonctionner avec piles AA 1,5 V / batterie rechargeable ou courant 200V-240V avant Lampe 170 LED Cullmann CU light V 39o DL.

    Encore un immense merci et que mes meilleures pensées accompagnent ce courrier.

    André Cottier

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  7. André Cottier

    Bonjour Jean-Michel,

    En retournant sur Emotions numériques je constate avec stupeur que le courrier que je viens de vous envoyer, dans lequel je vous fait part d’une petite erreur à propos des éclairages, ce texte apparaît dans les commentaires divers mais écrit complètement bousculé par des caractères étranges. Bref, une cacophonie si c’était audible.

    Qu’en est- il, j’ai dû faire une manœuvre inappropriée.

    Cordiales salutations.

    André

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  8. KHELIL

    Merci beaucoup André pour ces magnifiques photos et les explications qui ont suivi. Pour les prises, j’utilise le Nikon D850 avec mise au point à décalage automatique sur toute la longueur du sujet tout en définissant à l’avance le nombre de prises. Pour le matériel, c’est la même batterie que la vôtre, sauf que je ne savais pas qu’il fallait mettre une petite source de lumière derrière le panneau, merci pour l’astuce. Quant à l’empilement, je le fais avec Focus Stacking qui me donne un très beau résultat. Merci encore.

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  9. Cottier Jocelyne

    Bonjour André,
    Merci pour toutes ces photos grandioses que j’ai adoré.
    Une beauté inestimable que Dame nature nous offre par l’intermédiaire de tes yeux de lynx et ton amour pour la photographie.
    A tout bientôt mon Oncle.
    Jocelyne Cottier, Sierre

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  10. Jean Paul Buffille

    Un grand bravo pour cet article qui démystifie ce procédé et donne vraiment envie de ce mettre au travail.
    Félicitations Monsieur Cottier pour ce magnifique travail, et votre patience

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